Chapitre 5

 

 

 

   La grande propriété de Bretagne était un lieu idéal pour des vacances en famille, et quel bonheur d’y retrouver tous leurs proches en même temps.

 

  Après s’être accordée quelques jours de retrouvailles, Laura téléphona à Léa qui accepta avec grand plaisir de venir passer avec elle les deux derniers jours de vacances qui lui restaient.

 

   Elles étaient allongées au bord de la piscine, quand Léa lui offrit sans le savoir l’opportunité d’aborder le sujet, en lui parlant de son séjour en Italie, à Florence et Venise.

 

   — Quelle chance ! Dans ces villes romantiques as-tu rencontré de beaux princes vénitiens ? lança Laura, l’air de rien.

 

   — J’avoue que le charme latin n’est pas une simple légende, mais ces beaux ténébreux ne m’intéressaient pas vraiment.

 

   — Pas le moindre Prince Charmant ? insista Laura.

 

   — Oh, lui je croyais l’avoir rencontré un jour, mais le destin en a décidé autrement, répondit enfin Léa, le regard assombri.

 

   — Parle-moi de ce prince-là, encouragea Laura.
   — C’est une blessure encore douloureuse…malgré les années ! 

 

Et elle raconta l’histoire dont Laura connaissait seulement  une partie : Avant l’arrivée de son amie, elle volait sur les liaisons locales, d’île en île. Au cours d’une escale elle avait fait la connaissance d’un jeune homme ; ce fut un coup de foudre réciproque, ils se revirent le lendemain à Sainte-Lucie, puis se redonnèrent un autre rendez-vous à Saint-Vincent. Seulement ce jour-là, la compagnie désigna Léa pour remplacer au pied levé une hôtesse malade qui assurait les vols longs courriers. Elle n’eut aucun moyen de prévenir Stanislas ; pendant leurs rencontres trop courtes, ils avaient discuté beaucoup de leurs goûts musicaux, littéraires et autres, mais ne savaient rien de leur vie l’un de l’autre… tout juste avait-elle compris qu’il était en vacances…  Le reste ne leur avait pas paru urgent, comme ils étaient certains de se revoir ils avaient cru qu’ils auraient le temps.

 

   Mais voilà, ce temps ne leur avait jamais été accordé… L’hôtesse ayant été mise en arrêt pour longue maladie, son poste fut octroyé définitivement à Léa. Stanislas avait dû reprendre le cours de sa vie, et ils n’avaient aucune chance de se retrouver avec pour seul indice un prénom.

 

   Laura était désolée de voir son amie si triste en repensant à cet homme, et encore plus de devoir lui cacher ce qu’elle savait et qu’elle l’avait retrouvé. Mais Stanislas avait tenu à une rencontre surprise, n’étant pas sûr que Léa partagerait toujours ses sentiments il ne voulait rien lui imposer. Il avait prévu de se trouver à la sortie de la salle de débarquement de l’aéroport à son retour et de faire comme s’ils se rencontraient par hasard, il pourrait se rendre compte de sa réaction en le voyant sans la mettre dans l’embarras.

 

   Laura savait que tout se passerait bien maintenant, elle se sentait un peu moins coupable. Deux jours plus tard, Léa s’envolerait vers le bonheur.

 

   Les vacances  de toute la famille se terminaient déjà, le dernier jour Laura reçut un appel téléphonique de Léa :

 

   — Petite cachotière, sais-tu que je t’aime ? En ce moment même, je me trouve à Sainte-Lucie en compagnie de Stanislas, dans un lieu paradisiaque. Nous avons tant d’années à rattraper !

 

   — Il t’a tout raconté ? Ah, si j’avais pu imaginer un seul instant le dénouement inattendu de cette histoire quand je me suis lancée dans mon enquête romanesque !

 

   — Nous attendons ton retour et fêterons dignement cet évènement tous ensemble, à bientôt !

 

   Cette heureuse nouvelle aida à atténuer la nostalgie de Laura quand elle fit ses adieux à sa famille qu’elle retrouverait à Noël. Pour ses fils la séparation fut moins difficile car deux de leurs cousins  allaient les accompagner ; leurs parents viendraient les chercher une semaine avant la rentrée.

 

…Laura ne retrouverait pas Léa tout de suite, car celle-ci profitait de sa dernière semaine de vacances pour faire découvrir à Stanislas la pittoresque île de Marie-Galante et les Saintes où la croisière n’avait pas fait escale.

 

   Julien lui aussi avait encore une semaine de vacances, et voyant les piaffements d’impatience de sa femme, il proposa de prendre leur voilier et de passer cette semaine à faire du cabotage autour de l’île. Ça devrait suffire à la détendre !

 

  

 

- Excellente idée et les garçons vont adorer jouer aux matelots !

 

   — Je pense surtout à toi, s’esclaffa Julien, tu devrais te voir, tu tournes en rond comme un lion en cage !!!

 

   — Tu as raison, le temps passera vite, je vais aller faire des provisions pour quelques jours pendant que tu aideras les enfants à préparer leurs affaires.

 

   Aussitôt dit, aussitôt fait, ils chargèrent les caisses de nourriture dès son retour, et prirent la direction de la marina où était ancré ‘Oochigeas’, leur voilier de onze mètres. En montant à bord, Laura avait déjà oublié ses préoccupations, gagnée par l’enthousiasme des enfants. En posant un baiser sur la joue de Julien elle murmura :

 

   — Merci, c’est exactement ce qu’il me fallait ! Et regarde-les ! dit-elle, souriant à la vue des enfants qui choisissaient déjà leurs cannes à pêche.

 

   Ils n’étaient pas des marins aguerris, et se contenteraient de longer la côte et de mouiller en face de petites plages tranquilles qu’ils rejoindraient avec l’annexe.

 

   Leurs journées étaient partagées entre les parties de pêche depuis le bateau et les débarquements chaque matin sur des petites criques où baignade et farniente étaient leurs seules activités. Les enfants pouvaient y jouer les robinsons en toute quiétude tandis que Laura et Julien savouraient ces instants passés ensemble à ne rien faire. Tranquillement, ils reprenaient ensuite la mer pour une nouvelle plage où ils arrivaient en fin d’après-midi. Une fois qu’ils avaient trouvé l’endroit idéal pour ancrer le bateau, ils s’installaient en un même rituel devant des cocktails rafraîchissants pour assister à de somptueux couchers de soleil. Plus tard les dîners se passaient dans le silence de l’océan seulement troublé par leurs rires,  ils goûtaient à la saveur des nuits sur l’eau avec pour seules compagnes les étoiles.

 

   Le tour de l’île fut ainsi bouclé, à paresser sans voir passer le temps.

 

   Le samedi, de retour à la maison, elle trouva un message téléphonique de Léa qui leur donnait rendez-vous le soir dans une auberge sur les hauteurs. Il ne leur restait que peu de temps avant l’heure du rendez-vous, elle alla demander aux garçons de se préparer, mais ils venaient de s’installer devant un jeu vidéo, et n’étaient absolument pas emballés pour ressortir. Devant leurs mines déçues, elle décida d’être conciliante, et s’ils promettaient de rester sagement ensemble à la maison elle accepta qu’ils se fassent une soirée télé. Il était vrai que les journées en mer en plein soleil les avaient fatigués.

 

Elle confia aux deux plus grands la mission d’aller leur acheter des pizzas au camion qui ouvrait le soir sur le front de mer. Pendant ce temps-là elle fila se préparer, et tout en enfilant une robe elle se demanda si Léa allait choisir la même. Julien l’attendait sur la terrasse, et après quelques dernières recommandations aux enfants et avoir obtenu la promesse qu’ils se coucheraient à une heure raisonnable, ils s’en allèrent en promettant de ne pas rentrer tard.

 

 

 

 

 

 

 

 

Chapitre 6

 

 

 

   Ils arrivèrent devant la petite auberge où une Léa radieuse les attendait déjà au bras de Stanislas. Celle-ci s’élança aussitôt dans les bras de son amie en se confondant en remerciements :

 

   –Je te dois mon bonheur, jamais je ne l’oublierai ! Tu es une détective hors-pair !

 

Laura  éclata de rire et en l’embrassant tendrement :

 

   –Je saurai te le rappeler ! Mais, sans mon cher ami Hercule Poirot, ici présent, je ne suis pas certaine d’avoir mené l’enquête si brillamment, ajouta-t-elle en attirant Julien dans ses bras.

 

Ils allèrent s’installer en terrasse d’où ils avaient une vue sur la mer, et Stanislas en la contemplant ne put s’empêcher de songer tout haut en voyant au loin les lumières d’un paquebot :

 

   –Quand je pense que ces îles paradisiaques commençaient à devenir mon pire cauchemar !

 

   –Et moi ce bateau ne cesse chaque soir de me faire rêver lorsque je l’aperçois de ma chambre ! répondit Laura, contemplative.

 

 Stanislas s’adressa à Julien :

 

   –Ne pense-tu pas que ta chère épouse mérite bien de faire ce voyage ?

 

   –Je suis entièrement d’accord ! Que direz-vous de faire cette croisière en décembre lorsque nos enfants seront partis chez leurs grands-parents ?

 

   –Je pense que je regarderai mieux autour de moi chaque fois que j’irai me promener sur une plage, dit Laura en plaisantant pour cacher son émotion.

 

Et les projets fusaient tout au long du repas, tandis que Stanislas leur annonça qu’il venait d’acquérir une villa dans les Caraïbes qu’il souhaitait partager avec Léa. Son métier d’écrivain de renom lui permettait de choisir son lieu de résidence, il garderait sa propriété en Normandie pour les vacances où il conviait ses nouveaux amis.

 

 Quant à Léa, elle venait tout juste d’apprendre qu’elle allait retrouver son affectation sur les vols régionaux vers les îles. L’hôtesse qu’elle remplaçait souhaitait reprendre son poste, ce qui ne pouvait ajouter davantage à son bonheur, et à celui de Laura, les deux amies allaient pouvoir se

 

retrouver beaucoup plus souvent…

 

Elle ajouta en riant pour Léa et Julien :

 

  –Savez-vous que depuis de nombreuses années, je lisais dès leur parution tous les romans de Stanislas qui  publiait sous un pseudonyme !!!

 

Cette annonce pour le moins surprenante eut pour effet de provoquer l’hilarité des quatre amis.

 

  

 

La soirée tirait à sa fin, avant de rentrer Stanislas manifesta l’envie de descendre jusqu’à la plage où Laura avait trouvé le flacon de parfum. Il voulait découvrir cet endroit auquel il devait son bonheur.

 

Lorsqu’ils arrivèrent sur les lieux la plage était éclairée par une magnifique pleine lune, il y faisait presque clair comme en plein jour. Léa guida ses amis vers le rocher où elle avait fait sa découverte et là…surprise !… un autre flacon de parfum se trouvait sur le sable juste à côté du rocher ! Son bouchon argenté brillait sous le clair de lune !

 

Laura se baissa et le présenta à ses compagnons tous surpris d’y découvrir un papier à l’intérieur. Elle réussit facilement à le sortir et le déplia, il ne semblait pas être là depuis très longtemps. Allait-elle devoir se lancer dans une nouvelle enquête ?

 

Et elle lut les quelques mots inscrits : « Chère Miss Marple, savez-vous que je vous aime ?
Signé : Hercule Poirot…